Emy Njoh Ellong

“Nous sommes tout à fait capable de faire fructifier
les talents que l’on a déjà au sein de nos territoires ! “

Présentes-nous ton parcours !

Après un bac S option mathématiques au Lycée de Bellevue en Martinique, j’ai été 2 ans en CPGE (classe préparatoire aux grandes écoles) puis j’ai intégré l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Montpellier. J’ai ensuite effectué 3 ans d’études supplémentaires en tant que doctorante au laboratoire d’enzymologie et de biochimie structurale au CNRS de Gif-sur-Yvette en région Ile-de-France, puis j’ai débuté ma carrière en tant que Cheffe de projets chez BioRad à Paris avec la volonté de pouvoir évoluer un jour sur mon île natale, l’île aux fleurs et l’île aux iguanes : la Martinique.

Un an plus tard c’était chose faite car j’ai intégré le PARM (Pôle Agro Ressources et de Recherche de la Martinique) en tant qu’Ingénieure R&D et Cheffe de projets. J’ai occupé cette fonction pendant 6 ans pour finalement évoluer en tant que Chargée de mission à l’APROMAR (Association des Professionnels de l’Approvisionnement d’Intrants de l’Agriculture Martiniquaise) où j’ai créé ECODIAM, le 1er éco-organisme de gestion, traitement et valorisation des déchets agricoles de Martinique. Ma carrière s’est poursuivie dans d’autres secteurs d’activités notamment à l’ONF de la Martinique et aujourd’hui j’occupe la fonction de Préfiguratrice du CTEBioM (Centre d’exploration de la Biodiversité de la Martinique) au sein de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM).

Selon beaucoup de dires, on a l’impression qu’il faut partir dans un grand pays ou côtoyer de grandes écoles pour avoir un diplôme valorisant et une carrière réussie. Qu’en penses-tu ?

Non c’est totalement faux. Il faut partir effectivement pour voir ce qu’il se passe ailleurs et acquérir une ouverture d’esprit, mais nous sommes tout à fait capables de faire fructifier les talents que l’on a déjà au sein de nos territoires.

Ce que je veux dire c’est que même si nous partons -je suis moi-même partie pendant presque 9 ans- il faut revenir !

Le plus contraignant c’est quand les talents s’en vont et ne reviennent pas. Si les natifs ne rentrent pas, les places sont malheureusement vite prises d’assaut et c’est ici que nous devons être attentifs et réactifs, car nous vivons dans des endroits paradisiaques avec bien sûr leurs lots d’inconvénients, mais il faut absolument que nous arrêtions de croire que l’herbe est plus verte ailleurs.  Il faut que l’on arrête d’assimiler nos îles à des territoires où il faut s’éloigner pour faire nos études et dans lesquels on ne peut pas trouver de travail. Nous nous devons de changer les paradigmes de pensées et les philosophies, parce que nous courrons droit à la catastrophe.

Nous sommes beaucoup à partir mais très peu à rentrer. On dit qu’au sein de nos territoires il n’y a pas les moyens financiers pour accueillir les natifs avec des profils expérimentés. Qu’en penses-tu ?

Il faut être inventif. En tant que scientifique et chercheuse lorsque je suis rentrée en Martinique j’ai débuté avec un salaire de junior équivalent à une rémunération de chercheur junior à Paris. Cependant, j’ai beaucoup évolué dans ma carrière en Martinique. Des changements qui ont mené à une évolution évidente en termes de salaire. Aujourd’hui sur le poste que j’occupe, je suis rémunérée à la même échelle qu’un salaire de parisien. Mais rentrer aux Antilles demande à être imaginatif et débrouillard, il faut provoquer sa chance !

À la période du Covid par exemple, j’ai voulu changer de poste. J’ai dû accepter de travailler dans un secteur qui ne correspondait pas à mon secteur de prédilection et avec un salaire très en deçà de mes prétentions. Mais j’espérais que plus tard cela m’amènerait exactement là où je devais être. J’ai dû faire des concessions, accepter la rémunération qui allait avec, même si je savais qu’elle ne correspondait pas à mon expérience. Avec du recul je n’ai aucun regret car après ces fonctions, une superbe opportunité s’est présentée à moi et c’est d’ailleurs le poste que j’occupe aujourd’hui !

Si c’était à refaire, le ferais-tu ?

Oui sans hésitation ! Parce que j’ai une qualité de vie qui n’a rien à voir avec ce que j’avais à Paris, même si j’aimais aussi ma vie là-bas mais en Martinique tout est différent et en mieux pour moi !

Quelles seraient tes recommandations suite à ton expérience ?

Mon conseil est qu’il faut vraiment être créatif, flexible et également force de proposition. Je pense que c’est encore plus vrai sur nos territoires car le marché du travail est beaucoup plus restreint, mais il faut que l’on arrête de dire qu’il n’y a pas de postes disponibles car c’est faux.

Je ne dis pas que c’est facile, il y aura toujours des moments de doutes, mais il faut construire des ponts, se frayer un chemin pour y arriver car quand on veut on peut ! 

Imaginez, soyez innovant, curieux et surtout ne vous laissez jamais envahir par vos peurs ! 

Faites-vous confiance et croyez en vos rêves car tout est possible avec bienveillance !

Parle-nous des avantages et des inconvénients.

Je vais commencer par les inconvénients : nous sommes dans un petit territoire et qui dit petit territoire dit promiscuité, le marché du travail est plus restreint mais comme je le disais tout à l’heure il faut être flexible et créatif !

Il faut aussi se réadapter à la mentalité de chez nous, ce qui n’est pas simple lorsque l’on a vécu longtemps ailleurs, mais c’est possible.

Les moyens de transport ne sont pas hyper développés aux Antilles, le coût de la vie est cher mais il y a aussi des avantages : clairement la qualité de vie, le fait de retrouver ses proches et de revenir à l’essentiel, là où tout a commencé ! Puis il y a tellement à faire et à créer chez nous, juste le fait de pouvoir participer à des projets de développement et d’apporter ma pierre à l’édifice dans la Martinique de demain pour moi, ça n’a pas de prix !

Selon toi, que manque-t-il à ta région pour se démarquer ?

De manière générale et en ce qui concerne mon domaine que sont les biodiversités, il ne manque rien. La volonté politique est présente, les talents sont présents, tout est là ! Je dirai juste qu’il manque des jeunes motivés et volontaires, mais c’est aussi à nous de trouver les bons arguments pour les encourager à poursuivre avec nous !

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